Les femmes croient-elles encore qu’elles doivent avoir des orgasmes par la seule stimulation vaginale ?
Si les femmes se sentaient frustrées lorsqu’elles n’ont pas d’orgasme vaginal, il y aurait dans chaque chambre à coucher des guerres à la Lysistrata. Le secret des femmes, ce n’est pas qu’elles peuvent simuler. Ça, les hommes le savent. Leur secret, c’est que, dans le coït, elles n’ont pas besoin de l’orgasme. Elles ont besoin de l’ardeur. Lorsque le coït prend fin parce que l’homme a éjaculé, le désir de la femme, s’il ne s’est pas conclu d’une façon ou d’une autre, est reversé dans le fantasme, le nourrit, l’exalte.
Orgasme clitoridien et orgasme vaginal au XXIe siècle : totems ou tabous ?
Le totem du XXIe siècle, c’est de croire que l’orgasme est le but du coït. Le tabou du XXIe siècle, c’est de refuser d’admettre que le coït n’est pas une fonction naturelle, mais une construction folle. Avoir un orgasme, c’est très facile, pour un homme comme pour une femme. On se retire dans un coin, on convoque les personnages de son scénario intime, et on se donne un orgasme en quelques minutes ou en une heure si on a envie de faire durer. On n’a pas besoin de l’autre pour ça. Faire l’amour, c’est autre chose. C’est offrir son corps – et prendre celui de l’autre – en pâture. C’est se baiser, se baver dessus, se baver dedans, se chercher, se perdre, se retrouver, se faire mal, se faire peur, se dégoûter un peu. C’est se colleter au désir de l’autre, à sa salive, à sa sueur, à ses odeurs, à son souffle, aux mots ou aux gémissements qu’il laisse échapper à son insu ou qu’il dévide sciemment. C’est se lancer sans corde de rappel dans une histoire à dérouler ensemble, en sachant que la seule façon d’en jouir, c’est de ne pas savoir par avance ce que l’autre veut, ce qu’on veut soi-même, et d’accepter de s’égarer. L’orgasme n’est ni un dû ni un objectif, c’est la borne qui signale un abîme. Le plaisir, c’est de tourner autour, de s’en approcher le plus possible jusqu’à se donner le vertige et de reculer dès qu’on risque d’être aspiré. Je ne suis pas sûre que les hommes soient si contents que ça de leur facilité à tomber dedans. Je ne suis pas sûre qu’ils n’envient pas aux femmes leur capacité de reconduire le désir, intact, d’un coït au suivant.
http://www.secondsexe.com/magazine/Les-200-clitoris-de-Marie.html
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