dimanche 3 janvier 2010

Dans le métro
s'est imposé un drôle de sens à la relation suspendue

à la lecture de quelques lignes d'Errance
les photos qui laissent la place à l'observateur
qui laissent la place au regard égaré
qui "donnent à écouter. Comme elles sont en retrait, les mots qui viennent à côté dégagent l'écoute. Elles nous font écouter les mots."

peut-être faut-il précisément, là
une histoire presque possible et presque impossible
qui ne peut pas se concrétiser

au risque de basculer
dans le réel
dans le réel émotionnel

au risque de colmater la brèche frayée dans l'espace-temps
où peut surgir la création
Décidément la tournée de fin d'année
c'était le tour de force

Putain j'en ai chié
jusqu'à mon père qui refuse de me voir
dans la ville glacée
où d'instinct je me suis engouffrée dans la librairie
que j'aime
pour évacuer ça
à l'issue de l'après-m' éclair au café du commerce

heureusement la fatigue
et les sept heures de train
roulent sur les sensations survolées
de la ville de l'enfance
c'est presque l'indifférence
celle-là
ou Paris
ou Lyon
ou Valence

j'ai même renoncé au plan échafaudé pour me faire encore croire aux grands élans
renoncé à restituer le parfum oublié dans une consigne de la ville de correspondance
même si l'idée est belle
comme un roman de gare

j'ai préservé l'indépendance

je me jette dans mon havre avec un plaisir inédit

ma nouvelle vie est ici
dans cette ville bordélique
où il y a du jeu
entre les rues
entre les modes
: du jeu, des coups d'éclat

à une heure du mat' ça doit être la seule ville de France
où voir une jeune grosse maghrébine teinte en blonde
gloser tranquille sur le trottoir en bas de pyjama rose et babouches

tout de suite
ça met à l'aise

jeudi 31 décembre 2009

Je crèche aux Abesses où la nuit n'est qu'un succédané du jour aux vitres oranges
aux toits gris luisants
le sommet de la tour à une heure cesse d'émettre ses signaux
phare de la mer des toits

brasser tant d'émotions que c'est inutile de mettre en péril le fragile équilibre de funambule
en cherchant à L. une issue

suivre les lignes en mouvement

j'emprunte un chemin balisé par celle qui née au même moment
éprouve un monde sensiblement semblable au mien

Paris ne m'égare pas
ne pas perdre le fil

lundi 28 décembre 2009

décidément
c'est la saison
l'amitié en berne depuis des mois avec le loup
terré
montre son visage conflictuel
à l'heure où je lui apprends que j'ai l'intention de le voir à la capitale
je le sentais distant
il n'est pas prêt à me voir
il me l'avoue enfin
à cause d'un malaise de l'été dont il n'a pas été question depuis

et ensuite il s'agit de se jeter, même si c'est pour deux heures à peine
dans les crocs familiaux
j'étais d'accord, à condition de se voir en petit comité à l'extérieur du huis-clos
mais le compromis est dénoncé
faute d'arrangements pratiques

je reste interdite
bien envie de renoncer au voyage

mais à Paris il y a l'amie sur le point d'être mère
et peut-être faut-il s'exposer à régler les conflits jusqu'alors enterrés

alors je me défie de moi-même
et particulièrement de mon envie
samedi prochain
de prolonger la correspondance entre les deux trains du retour
chez celui qui est venu ici
pour voir s'il me renvoie l'ascenseur

je me mets en garde
qu'est-ce que tu cherches ?
à te mettre en péril ?
à bousculer, à mon propre détriment, encore un qui refuse de se mettre en jeu ?
il faut se laisser tranquille, non ?
à quoi bon cette vision adolescente de la vraie vie ?
- la seule vraie vie, merde
cette lisse torpeur, je suis patiente avec, mais je ne l'approuve pas
on est bien là pour se sortir
tous
du confort émotionnel douteux

il faut vivre des choses ensemble
on a déjà eu le temps de mûrir
on va pas attendre celui d'être mort

vendredi 25 décembre 2009

Souvent savoir les choses avant de vraiment les éprouver
Dans la fatigue festive de la vaisselle post-No-Noël chercher par où saisir
le fil pour dénouer
l'écheveau sensible d'une situation apparemment simple
avec des couches compliquées
mais certainement, finalement,
simple au fond

ne pas confondre l'admiration sincère
l'amitié évidente
l'attirance
avec
l'amour
ni
la vanité en jeu
la conquête à mener
la victoire idéologique à remporter
avec l'amour

paradoxalement, la plus belle preuve de respect que cet homme m'ait donnée
c'est peut-être
de m'avoir proposé l'amitié
parce que je mérite l'amour et qu'il sait
qu'il ne peut pas me le donner
et à la vérité je le sais bien aussi
même si la partie a l'air facile pour lui à ce compte-là
je le sais bien qu'il ne pourra pas me donner ce que mon goût de la vie réclame
j'ai déjà essayé ce genre de trucs
ce n'est pas en lui donnant plus
ce n'est pas en lui échappant
ce n'est pas en le bousculant pour qu'il s'ouvre
pour lui prouver qu'il a tort (même s'il a tort)
qu'un équilibre amoureux pourrait s'instaurer

il l'a dit, et c'est vrai
je suis plus mûre que lui
je ne me retiens pas de vivre l'émotion au cas où ça bousculerait mes projets
la vraie vie

oui tout ça m'a contrariée
mais m'a portée aussi
m'a révélée la beauté de ma vie à moi-même
vent de sincérité, de générosité,
la perméabilité

tu m'as touchée,
ton univers secret
porté en place publique et ouvert dans la foule
ton univers d'inadapté

nous sommes en bonne intelligence et je regrette de ne pouvoir m'en contenter
mais il y a une véritable voie simple
exigeante
pour cette intelligence
oui je veux être ton amie
vraiment ton amie
pas une ex-amante de seconde zone
on a des choses à partager
et j'ai des trucs à te dire

et pour les baisers les projets
la perméabilité
allons les vivre ailleurs
pleinement
c'est un équilibre à inventer
il le faut
et là c'est un cadeau

mercredi 23 décembre 2009

il est parti et me voilà bien
l'étrange entente parfaite des esprits
et je sais que les corps aussi, si on le leur avait permis, auraient pu se nourrir de leur découverte réciproque
mais bien sûr entente des corps et des esprits, ça fait trop pour en sortir indépendant
indemne

et lui qui brigue la passion
préfère les folles
qu'il dit
je ne lui ai pas sauté dessus
je n'avais pas envie de le détromper
de jouer à lui prouver des trucs
je n'ai pas lancé une machine de séduction genre : dégage
tu ne veux pas de moi : dégage
ou : on ne fait pas tout comme tu veux, je suis prise ce soir

non

j'ai laissé le jeu se jouer selon ses règles, je n'ai pas transgressé l'accord.
je me suis écoutée, me disant que peut-être en effet l'amitié ce serait mieux
que l'enjeu de cette rencontre se situe ailleurs que dans la tension sexuelle et amoureuse
et que la patience a du bon s'il y a un truc sérieux à vivre

l'autre soir, alors qu'il me proposait solennellement de ne rien taire de ce que j'aurais à lui dire
parce qu'il me renvoyait un peu crûment à cette nécessité d'écrire
j'ai envoyé : ah non, par égard pour toi, j'ai gardé certaines réflexions pour moi
je ne t'ai pas dit, par exemple
que peut-être tu es en train de passer à côté d'une grande histoire
et lui :
je ne crois pas

En dernier ressort, hier soir, l'ayant interrogé sur l'éventuel mieux-être de la nouvelle configuration, j'ai dit :
c'est quand même toi qui a mené la danse.
Tu as l'impression de t'être fait mener en bateau ?
Non, ce n'est pas ce que j'ai dit. J'ai accepté mais c'est toi qui a décidé de poser tes bagages ici, puis de mettre fin à l'intimité.
L'important c'est d'être clair, il dit. C'est pas un peu excessif ? On va pas en faire une montagne...
Tu trouves que j'exagère ? Je dis juste qu'on a fait comme toi tu veux.
Lui : c'est toi l'intello ici, moi j'ai pas le temps de réfléchir à ce que je vis, j'analyse pas tout comme ça, je vis ce qui se présente

Moi si, c'est comme ça que je fonctionne. Ca m'entrave parfois, enfin bon je vis quand même les choses.
(et muettement : encore un homme qui vit uniquement les choses qui lui conviennent. Pas très généreux tout ça. Pas se mouiller trop n'est-ce pas. Et si j'avais manifesté une contrariété, tu te serais senti coupable, donc sur la défensive. Rien d'autre. Réaction binaire. Etre si subtil dans l'appréhension du monde et refuser d'observer les intimes nuances des négociations affectives...)

Les copines ne savent pas où ça peut mener tout ça, mais ont l'intuition qu'il se protège ;
pourtant
peut-être réagira-t-il à retardement
c'est un mec

j'ai joué ma partie
accueillante et généreuse
alors laisser couler
ne rien attendre

c'est lui qui devrait revenir vers moi, avec tout ça

et si d'ici quelque temps
rien ne se passe
et si besoin est

peut-être se manifester

mais peut-être aussi
qu'il m'a rendu disponible à une rencontre plus amoureusement
féconde

pure expectative

moi ça m'étonne d'être si sensible à cette entente que je sens privilégiée
je ne peux pas croire que ce soit à sens unique

et bien sûr, essayer d'éviter l'amour
c'est parfois peine perdue

je ne sais pas

ça m'emmerde
d'être ainsi touchée

mais je reconnais à cette rencontre
sa valeur
- quoi qu'il se passe

mardi 22 décembre 2009

Parce que c'est vrai, il y a le retour du sexe aussi
parenthèse aussi vite close qu'ouverte
et on commençait à trouver la bonne fréquence, bercés de soupirs
l'accord du mouvement
les sens en résonance
l'art de jouir d'une ruade
d'une suée ondulante

ton grand corps dans mon bain

la douce euphorie de l'intime

ma surprise à la sensation de ta peau
de tes cheveux
de ton odeur
de ta présence
dont je me sens si familière

comme si on était frère et soeur
mais c'est peut-être bien ça le problème
faut pas coucher avec son frère