dimanche 9 mai 2010

un lien pour une histoire

Le festival Paris en Toutes Lettres vous propose de nous faire partager une histoire qui vous appartient : scène vécue, vue, entendue… Une histoire insolite, étonnante, troublante, romanesque mais réelle. Une histoire vraie.
Les contributions (entre 3000 et 6000 signes, espaces compris) sont à adresser jusqu’au 31 mai sur le site www.parisentouteslettres.fr

Comment faire ?

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Autour des écrivains Marie Desplechin, François Beaune et Arnaud Cathrine, le comité éditorial composé de professionnels sélectionnera les histoires les plus marquantes en vue d’une publication dans Libération le 12 juin, d’une lecture publique le 13 juin au CENTQUATRE et de la publication d’une anthologie en 2011.
En partenariat avec Libération, France Culture, la RATP, la FNAC, Welovewords et Smart Novel.

Ouh là quel week end putain

je redescends de la dernière ligne droite
je viens de rendre ma copie

petit coup de stress au bout des calanques
quand le texto arrive, réseau retrouvé

mais l'après-m' était belle
en joyeuse compagnie

j'ai de nouveaux amis
c'est doux

nous ne boirons pas de dernier verre ce soir avec F
mais tout dans mon sourire je crois
dénote mon goût pour ce jeune homme
eh bien tant mieux c'est assumé

et donc c'est l'amorce d'autre chose ailleurs
aussi
ça veut dire que les ondes se remettent à circuler
entre le présent et moi
je peux l'accueillir et m'en accommoder
enfin

(enfin)
Oui bon toujours rien sous la dent mais après tout

je commence à sentir que je n'ai pas oublié

au moins vibrer

il aura bien fallu une soirée un midi une autre soirée une nuit

entretemps en pleine glaciation printanière

se confronter à celui dont j'ai passé l'année à me déprendre et
qui
comme par hasard
juste ce soir-là
était là
à un moment j'ai deux ex dans le dos
comme finement la Sauveuse le souligne
(la Sauveuse : celle qui m'a ramassée, la belle exigeante névrosée)

et toujours se comprendre avec O. mais je me détache ;
détachée
quand même

et tout le temps me rappeler
je rentre quand ça me pète

mon vélo mes clés ma maison

bref à la fin de la deuxième nuit - hier
le beau F encore lucide après toutes ces bières
je dis beau mais c'est pas beau
c'est sexy
c'est bad boy tendre
avec ce mystérieux cocard qu'on tourne en dérision

toujours rustre et perso
mais sensible
tout ouïe
créateur, quoi

à la fin au milieu de la fête qu'on a fini par squatter après cette longue inertie de cultureux
et où au moins ça rigolait
en plein de langues
il me dépose un tendre baiser sur le front
m'ébouriffe
me prend mais pas tout à fait
dans ses bras
et me dit
que je suis une fille exceptionnelle
- tu me dis ça parce que tu m'as vu danser - dis-je, pas dupe

mais non : sincère
ému quoi
alors mes bras autour de son cou et je me serre fort contre lui,
brièvement
merde hein.

un flottement, celui d'avant le moment du baiser
je ne vois plus que sa bouche et ses paupières d'ivresse baissées
et de promesse de volupté
alors juste avant je dis
"voilà maintenant j'ai envie de t'embrasser
c'est con une fille"
il ose encore sa caresse gauche de papa contrit
alors
émue
je lui vole un baiser
sans insister
et puis on se reprend

derrière nous il y avait celle qui l'accueille
celle qui toujours sombre et timide mais intelligente certes
celle qui peut-être séduite

(merde un plan lol v stein)

bon
il est heureux de me revoir il me déclare
je finis par avouer que
moi aussi
il me dit mais je ne suis pas un homme pour toi
je sais, je dis, je sais bien
mais tu n'en demeures pas moins séduisant

son sourire
"j'y compte bien !"
et il retourne d'autorité un beau latin à chapeau pour me faire l'article
tout en déhanchés de dancefloor je dis mais eh oh ça ne se fait pas !
Or le beau latino ne s'en laisse pas conter et
quand il vient me voir plus tard, rieur, il me raconte qu'il préfère les garçons
et qu'il a retourné la situation
ah ah très bien

quel con ce bad boy
qui me fait vibrer

il tchatche à tout ce qui traîne

et comme c'est un électron libre
lol v stein le cherche
ouh là si c'est pour jouer les miss de sa suite, c'est non
mes talons mes clés ma maison

il a plu et j'ai marché et dansé toute la nuit perchée sur 10 centimètres
tu m'étonnes que je suis exceptionnelle

je me casse clope au bec royale dans l'escalier miteux

le bad boy tendrement deux bises aux commissures
me dit à bientôt
à bientôt je réponds de ce sourire joyeux
et de mes yeux
que quelques heures plus tôt il m'avait sommé d'arrêter de faire
"arrête de faire tes yeux"
"quels yeux ?"

je me casse et je te jure
j'étais fière
contente contente
et même : réveillée tôt sans casquette

lire dans le jour maussade et sortir chez la collègue ce soir et causer et danser
et tchatcher
réjouie

laisser décanter
me demander
alors je fais quoi ?

un dernier restau pour emporter le marché ?
Jouer les satisfaites de cette amitié ambiguë qui se confirme ?
de nos intellectuelles affinités, des projets profilés (en même temps c'est pas les miens, même si ça m'intéresse)
S'en foutre parce que c'est pas un homme pour moi ?
S'éviter le trouble qui risque de succéder au sexe ?
Foncer, selon les conseils inconséquents de ce soir ?

Foncer, parce que je me sens quand même forte
Bien plus qu'il y a tous ces mois
et qu'à un moment, faut reprendre cette excellente activité
et euh bon

on verra demain.
Tu crois que c'est un truc d'orgueil ?
D'aucunes le placeraient à ne surtout pas passer à l'horizontale
maintenant que l'équilibre est rétabli
maintenant aussi qu'il a ri
quand je lui ai bien dit que son parfum il a qu'à venir le chercher
bon ok c'est ça la tension qui reste entre nous deux
toi t'as bien oublié le livre

on aime bien faire durer le truc
le jeu
de

séduction

c'est comme un tango

samedi 1 mai 2010

Pour faire mentir le cliché
selon lequel on écrirait quand ça va pas
qu'écrire, c'est fait pour combler la souffrance tout ça

aujourd'hui que l'énergie l'enthousiasme la bonne humeur
sans raison
m'habitent
je sais même pas pourquoi
à part que j'ai fait trois heures de danse et un samedi matin c'est le pied
le vélo en roue libre pour rentrer le long des rails occupés par le vide-grenier du 1er mai

au retour me suis offert un brin de muguet
pour la chance
pour la tradition
pour les fleurs rituelles du samedi matin
parce que depuis des mois m'offrir des fleurs c'est le sourire que je me fais

à la maison les copines prennent le relais sur l'écran
veiller les unes aux autres

j'envoie un clin d'œil aux néo-parents d'avant-hier
la nuit de la naissance j'avais rêvé qu'on mangeait ensemble au resto

Et si F arrive jeudi
sa goujaterie parvient encore à me surprendre

je ne sais pas pourquoi j'en suis encore curieuse
pourquoi je m'y mesure

pourquoi je garde en tête un soupçon d'intention de conquête

à part pour me prouver à moi-même
que je vaux mieux

- que cette goujaterie m'émeuve
ne laisse pas de me surprendre

'tain ce goût pour les autistes intelligents...

programme lecture (concert) fête chez la belle Mexicaine
aujourd'hui j'ai un tempérament d'amoureuse
tiens si je range chez moi j'aurai l'audace peut-être de
(cette nuit)

...

jeudi 29 avril 2010

Tu sais Rome oh là là.

Je m'écrivais en 2003
Rome Naples Pompéi
où j'ai perdu retrouvé
un amour de ma vie.

24 avril 2010 je suis retournée Piazza Santa Maria de Trastevere

Je n'y étais jamais allée depuis
le 2 août 2002 (ou le 3)

Restée là-bas quelques minutes seulement.

Je n'ai rien reconnu.
Le lendemain, de jour, je me suis dit : peut-être, si. Je m'étais assise sur ces marches-là. Sentir l'humidité. Mais je sais bien que c'est reconstitué.

Que ce dont je me souviens c'est :
L'avion une nuit un jour, dormir dans l'aéroport à Luxembourg.
Ma détermination.
La robe bleue.
C'était tellement intenable que je m'étais raccrcochée à ça.
J'avais regardé dans un guide, jamais allée à Rome.
Un guide dans une librairie de Windhoek.
J'avais rappelé d'une cabine, sur ce téléphone qui était encore le mien.

Te revoir, avant que tu ne partes, à l'autre bout du continent.
Et moi au sud de l'hémisphère sud.
Je t'avais appelé.
Rendez-vous à Rome alors
Piazza Santa Maria de Trastevere.

Ce gros sac encore trop lourd en plein été.
Et si tu n'avais pas été là.
Je me préparais à rester trois jours, au moins.
Quand même.

Et puis j'étais arrivée à l'heure, comment, je ne sais pas, je ne parlais pas un mot d'italien.
Fumer une clope de joie sur les marches.
Et soudain il était là - et j'étais la plus forte, d'avoir vaincu les bornes et ta résistance.
Plus tard dans la soirée, (plus tard il m'annoncerait que ça s'était imposé à lui, c'était moi, une évidence. Putain après trois mois de silence radio, elle a bon dos, l'évidence. Après m'avoir éjecté de sa vie, de chez moi puisque le voyage même m'interdisait tout retour. Dix jours avant mon départ. Le dimanche noir, celui où Le Pen était passé au deuxième tour) il avait essayé de m'embrasser, mais quand même je pouvais bien résister une soirée.

Le lendemain
j'étais en Europe et l'air était généreux pour les arbres
au bout du couloir il y avait mon amour

je suis allée me glisser contre lui

j'ai rempilé pour trois ans

on a longé la côte de Rome à Naples
dormi sur les plages et dans des auberges

l'année suivante
on a vécu en Italie

l'année encore suivante
Turquie

voilà

mon mythe personnel

totally romantic
et nawak quand on y pense
franchement
la punition

en écrivant je m'aperçois
qu'il m'a jetée de chez moi

comme mes parents, à peine j'avais quitté leur appart
contre leur gré
qu'ils refilaient la chambre à ma sœur

Tu pars ?
ok dégage

punition

Et là moi ce soir
alors que l'énergie l'enthousiasme et tout ça
jaillissent
tout d'un coup de légère fatigue sans doute
d'avoir acheté une paire de sandales dont j'aurai vraiment mais vraiment l'usage
je m'en veux
je me sens seule et inutile et abusive et down
pas à ce point quand même
parce que justement pour une fois j'ai vu le truc venir
je me suis dit ah ouais tu penses avoir enfreint la loi ? tu penses être en banqueroute avant l'été ? La hantise de me retrouver à sec
et donc celle de me retrouver de nouveau prisonnière
des parents omnipotents
(oui au fond c'est ça hein)

alors j'ai mis une mini
et la musique
et la glace dans le salon
pour reprendre corps

et là
un bain s'impose

la chasse aux démons.

(Tiens il y a pas si longtemps je m'enivrais de mes propres histoires ; maintenant je les décode. Démontage en règle. C'est moins singulier, à la lumière des obsessions de tout le monde, hein. La névrose en belle robe. On n'est pas plus, ni moins intelligent, de tourner la névrose au ridicule, et d'entretenir la robe. Ce n'est pas incompatible. Deux choses différentes. Je veux dire : la littérature ne se dissout pas dans la psychanalyse. C'est sûr les copains. Faut arrêter de flipper. C'est comme si la littérature n'existait que dans la brèche de l'obsession. Je ne crois pas. J'espère que non.)

lundi 26 avril 2010

Et je reviens de Rome

- déjà c'est presque comme si j'avais oublié y avoir déambulé -

il y avait juste : se laisser aller à goûter le jour
pluie comprise
la mélodie de la langue jumelle
les rencontres provisoires

un de mes doubles au même métier dans ce pays voisin
qui écrit
(pour être le maître d'un monde à soi)
il parlait italien, je répondais français
on se comprenait
entre deux gorgées d'alcool orange

c'était hier soir

et ce petit voyage tout à coup a trouvé son sens

à nice en rentrant, une heure de plage

après on n'a fait que rire dans la voiture
croquer le choc au gingembre, gourmandes soudain pour ce qu'on redoutait y a pas si longtemps
(gonna catch 'em all)

Au retour la ville a pris son air de très très sud
avec les gamins qui jouent au foot fort dans la rue, de la fenêtre la mama foulard blanc et tapis leur sourit
la répète batterie basse qui coule du haut d'un immeuble des petites rues que j'aime bien

je n'habite décidément pas ici
mais là

c'est le bonheur vacancier qui s'amène
d'une ruelle de guingois à l'autre sous la chaleur blanche
abattue d'un coup
c'est
comme si je bossais pour rigoler
demain dans la salle étouffante

envie de rire aux éclats de draguer de sucer
envie
d'un transat sur la terrasse
d'écrire un marathon
de bronzer des jambes

d'assumer l'humour garce

de goûter enfin la sève du jour

vendredi 2 avril 2010

la cuisson des trucs à l'eau, toujours d'une durée approximative
du blé au pistou, vraiment une fin de frigo
en attendant la fête
alors, plutôt plan plan ou, comme j'aimerais, fofolle ?
comme ce soleil bien printanier
comme ces vacances que je me paye, là
en tournée méditerranéenne
ouvrir les digues
et entretenir les amitiés
dans les villes que j'aime
sans oublier
que toute cette fragilité
mon dépit
ma solitude
ça prend du temps il faut s'en occuper
avec douceur et bienveillance
réagir au moindre coup de blues parce que la cicatrice est fraîche on a beau faire
oui tu vois on ne peut pas faire fi d'un si grand amour comme si ce n'était rien
qu'une rupture
rien qu'une rupture
comme l'ont complaisamment insinué les maladroits qui n'ont jamais vécu ça
rien qu'une rupture
et rien qu'un célibat
souvent la tête en avance sur le corps aux émotions
je les brusque
c'est pour ne pas tomber
anxieuse

la blessure même me constitue
sans me priver de moi-même

se réjouir tout en pansant ses plaies
oser les approches, curieuse même échaudée
c'est ça continuer