vendredi 8 octobre 2010

C'est sûr quand t'es seule tu peux
en rentrant
longer la terrasse en bas de chez toi, tomber sur une connaissance, enchaîner deux bières
et un resto

tu peux dormir 11 heures pour endiguer le coup de nerf de la vieille folle
pas esquivé, cette fois
et qui bout toute la journée dans les artères sensibles

tu peux prendre le temps vendredi matin
d'écrire sur ton blog pour te faire une raison
pour te faire une patience
parce que l'homme
inconnu mais pressenti
espéré
est silencieux
sans doute pour des questions fort légitimes
d'obligations diverses
à J-5
or comme j'avance à découvert
je vais pas non plus aller aux nouvelles
question de fierté
et d'équilibre

quand t'es seule tu peux
te dire que t'as de la chance d'être libre
que ton ennui c'est rien
par rapport à la pression des boulots contraignants et de tous les engagements
le nez dans le guidon

mais tous les jours tout le chemin à refaire
trouver un sens à cette vie-là
aussi tranquille soit-elle
sa vacuité

j'ai besoin d'amour

je ne suis pas si seule je le sais
étonnée de la force et du nombre
de mes grandes amitiés

mais l'enthousiasme s'essouffle
dans la répétition des jours
je voudrais m'oublier cinq minutes

je m'exhorte encore à la patience

encore

putain

lundi 4 octobre 2010

En effet c'est révélateur ce qui se passe avec la S.
Ce soir, deuxième jour seule malgré l'intermède pro pendant une heure trente

dépressurisation de l'appareil
la chape de vide me tombe dessus
désormais habituelle, sinon familière

là je me dis
ah non
stop

en deux deux je me mets à douter de tout l'amour du monde avec ça
une non-réponse, un suspens

oui bien sûr que ce dont j'ai besoin c'est sourire câlins
ces trucs dont j'ai oublié l'habitude
dont parfois l'envie me traverse
qui m'ont laissée à marée basse
durablement

et quand j'y pense ça me paraît dingue
que je puisse vivre là, sans amour depuis si longtemps
un corps dans l'espace

faut résister
à l'étrange vertige

donc je me dis : bien sûr que oui tu comptes pour eux
les amis
les hommes séduits
sortir de sa coquille et offrir sa fragilité

or c'est sur ce vide-là que la S. a tissé sa toile
je le lui ai présenté, évidemment
au moment de ma ruine et depuis,
c'est toujours là
et notre bonne intelligence va au-delà
mais au fond ses reproches
de négligence
parfaitement infondés
ne tiennent qu'à ma disponibilité et à mon doute perpétuel
savamment entretenus malgré sa bienveillance

alors : non
je ne cèderai pas
à ses insinuations
à sa déprime
à mon propre vague-à-l'âme passager

j'ai trop envie d'y croire
à la vie

pas dupe, ok mais
j'ai aussi envie de penser

que même avec l'immature j'aurais pu gérer autrement
la crise

si j'avais moi-même cédé
été moins intransigeante

que le défaut d'amour n'est pas qu'une malchance
j'ai toujours été au milieu du guet
bien plantée là, solide, parfois déboussolée

entière

chez ceux que j'aimerais aimer,
oui : plus de sincérité que de perversité
et moins de dérobades que d'impuissance

et ceux que j'aime sont toujours là
c'est pour ça qu'on ne passe pas notre vie à s'appeler

donc : je suis seule parce que je le veux bien
parce que je veux finir ce truc pour le travail
parce que je veux parler à l'Ange au téléphone ce soir et me coucher

mais je pourrais aussi
appeler la joueuse ou la vieille compagne de route
mes complices à deux rues d'ici.

Peut-être faire ça, oui.

Je mange et j'y vais.
J'en dors pas de la nuit

putain ces insomnies, j'avais jamais vécu des trucs pareils
cogite non-stop jusqu'aux heures du matin
un truc pour se protéger du vent fou qui renverse le haut bambou de la terrasse

aujourd'hui il pleuvait, presque j'aimais bien
mais revoilà déjà la lumière

la nuit a imposé le choix
le matin composer son numéro
il met une heure à rappeler
comme d'hab surbooké

tu m'as bien dit que tu aurais du temps la semaine prochaine ?
Je peux te faire une proposition indécente ?

Or il n'a pas peur
il dit que c'est tentant
- tièdeur pourrait-on croire mais ce n'est pas par courtoisie
il dit faut regarder, je ne peux pas abandonner mon enfant

je me doute bien je dis
j'ai vachement hésité à te proposer
c'est à prendre ou à laisser
mais comme c'est une occase
au diable les scrupules
tu peux venir seulement quelques jours si tu veux

je le sens encore débordé
il dit qu'il ne peut pas regarder avant ce soir

c'est curieux, ce truc, il aurait pu dire aussi : je m'y attelle au plus vite

ces drôles de "oui" de parisien, ça commence à ressembler au "non" turc
genre tout est possible mais je n'ai pas le temps
les Turcs jurent leurs grands dieux que tu peux compter sur eux, ça veut dire le contraire
ceux qui modèrent sont plus fiables
les Parisiens je me demande
en général quand même ils font ce qu'ils disent
très très tard longtemps après
tout en bas de la liste des tâches

Mais il ne dit pas non
il n'a pas peur

il ne rugit pas d'enthousiasme non plus
mais moi de toute façon je suis très calme

j'envoie un message aguicheur et le lien des rézas
dis-moi quand tu sais

en plus j'avance total à découvert puisqu'il sait qu'après je suis à Paname
c'est confort pour lui

mais comme je suis indépendante
avec un apparte rien que pour moi

et que c'est mon chantier de l'année

alors

roulez jeunesse

lui ou un autre, on verra bien

on ne se refuse rien

(t'as vu j'avance...)

dimanche 3 octobre 2010

Sur Internet les gens ont la vie dont ils rêvent

Cette phrase de lui qui m'a tant plu
j'en aurais fait un thème de photos dédiées
pour rire

pourquoi pas, du reste

pour remiser cette idée folle qui m'a traversée ce matin :
"toi qui es prêt à voyager vers la Méditerranée, ça te dirait de me rejoindre... à I.?"
mais je n'ai rien envoyé

conciliabule de la raison :
non tu grillerais toutes tes cartouches
non, tu vas te manger un rateau méchant
non : si ça se passe, retrouvailles tronquées avec les amis, déséquilibre
(et puis à I. on y va quand on veut)
non : c'est mieux qu'il t'imagine là-bas toute seule
aiguillonner fantasmes
(s'il en a encore)

et les photos pleuvraient

du coup me voilà à créer un album
au départ le jeu c'est pour lui
moi, tu sais, je me défie de "mon mythe personnel"
comme l'appelle le collègue au sourire sexy cynique

et puis finalement

finalement...
me voilà heureuse comme un dimanche à I.
de ceux où je m'enfermais dans mon bureau à checker ma life

heureuse de ne rien faire de ce que j'avais prévu
de couper court à la vacuité du sud
dans l'été qui n'en finit pas
et dont je me lasse (oui c'est vrai)

heureuse de remettre à jour
la ligne de fuite du détroit
le seul lieu qui me convienne vraiment,
un bras de mer entre Europe et Asie
toute une histoire, là-dedans, et des générations d'aïeux
- ce genre de choses qu'on se raconte -

L'aventurière est lasse d'être coincée
mais n'est pas obligée de tout foutre par terre
le garçon, on le sait, ne serait qu'un prétexte
puisqu'on ne se connaît pas

un prétexte à la fuite
or : inutile de fuir
j'ai tous mes souvenirs pour moi
les preuves de ma vie rêvée réalisée
je n'ai pas eu peur de rentrer
tout peut toujours recommencer

mais putain comme c'est dur
de se ranger des voitures
j'oscille
je joue avec la tentation
de repartir
à Paris
de quitter le taf

de me brûler encore les ailes

de l'air, de l'air !
(je ne pense pas à l'étranger
j'ai trop besoin encore de mes amis
je ne partirai plus
- ou alors avec un homme un vrai
dans longtemps
ou pour un an seulement
je sais pas, moi
avec des enfants
je repartirai peut-être, mais autrement)

alors que peut-être des possibilités s'ouvrent ici
un ou deux hommes plutôt la classe
rencontrés cette semaine
dont un géographe voyageur

je me promets que je vais aller vers lui très vite
parce que quand même
faut pas déconner
il a beau porter une casquette...

mais je suis comme l'immature
ça doit pas tant me plaire
avant même de les draguer
le vertige de l'installation
durable
dans cette ville au soleil
avec un grand appart, des gamins, week end dans les calanques
en fait je crois que je ne veux pas ça

la dérobade perpétuelle
l'entourloupe
le croche-pattes à soi-même

Paris pourtant je la connais cette salope
son hiver morose
ses loyers hors de prix
son anxiété fiévreuse
son nombrilisme hermétique
son manque d'imagination

ici au moins tout est toujours à découvrir
toujours du monde débarqué d'ailleurs
je suis aux premières loges
et tout peut encore advenir
la vie rêvée c'est celle qu'on construit

oui je sais mais je
Retour de bal

pour une fois qu'à Mars il y a foule dans la rue

sans que ce soit des morts bourrés

sensibles au sound system saturé

genre tu peux parler et partout il y a des jeunes détendus

assis sur le rebord de la fenêtre

les bières se partagent et les conversations impromptues

surgissent

l'une des premières nanas de rencontre à mon arrivée ici
son bon sens
attentive

me dit : putain je suis contente qu'on se rerencontre
moi aussi je lui dis

questions de disponibilité, hein

fallait écrire
on m'encourage, ne lâche pas
t'inquiète, au point où ça en est...

chai pas, les gens tu leur dis que t'écris ils sont à fond
c'est bizarre quand même quand on ne les connaît ni d'Eve ni de nulle part

au retour je me mets face à :
est-ce que machin est un homme pour elle (moi)
est-ce qu'elle (moi) est une femme pour lui

non
poudre aux yeux

projection ma vieille
oui mais vas-y
(comme m'y enjoint la vieille copine d'I.
arrivée ici et qui largue le père
de son fils
comme c'est dur)
vas-y prends du bon temps
tu seras belle et mince
et désirable

non mais tu sais moi je fais ça je tombe amoureuse
eh bien tombe amoureuse
et alors ?

bon alors c'est ça
pas se frustrer

roue libre jusqu'en décembre

rendez-vous ici

pour le bilan des pots cassés

pas le choix on dirait

samedi 2 octobre 2010

Là je vais partir au bal du Plateau
mais avant faut que je parle
à quelqu'un qui ne soit personne d'autre

oui parce que j'ai pris mon téléphone
contre tous les codes de séduction qui disent d'attendre
- ce que j'expose en riant -
le problème c'est le grand au bout du fil
qui vide son sac pendant des plombes
t'es en colère je lui dis

la mère de son gosse, le taf à rallonge, la pluie

et toi
?

il finit par demander

au bout du compte moi j'y vais très cash très tranquillement
genre faut qu'on se voie parce que les textos, là, hein

il est vraiment tout à fait d'accord et conciliant
et même ça aurait pu être dans pas si longtemps

mais pas le week end prochain
et après c'est moi qui pars

devine où
à I.
en résidence la meuf
eh ouais, trop cool la life

une semaine

tout ceci nous ramène à dans trois semaines
putain fait chier
c'est un truc à faire retomber le soufflé

tu parles c'est déjà le vide intersidéral
moi j'ai l'impression qu'il n'est pas vraiment dispo
avec ses prises de tête, là
et pas question de jouer l'aide-soignante
la meuf compréhensive et pas chiante

tu me diras trois semaines j'ai le temps de réfléchir
lui aussi

le temps d'inventer comment aménager un moment pour nous dans le bordel
et c'est la seule issue
le seul crash test
possible

si vraiment...

or : ça se tente

Coïncidence

Y a du changement dans l'air

infimes bifurcations

je refuse la prise de tête avec la Sauveuse au retour

je vais rentrer toute seule je dis au milieu du chemin

elle continue sa route furax, je prends la première rue

me sens un peu dépitée un peu coupable

et rentre par les petites rues du quartier africain

j'aime bien finalement

y a pas si longtemps j'aurais voulu rentrer vite et pas par là, inquiète

j'arrive au-dessus du commissariat

vos papiers, me sortent pour rire deux mecs qui traînent là

une heure du mat'

ça alors ce sont précisément les deux qui m'ont abordée devant le tram quelques heures plus tôt
alors que je décollais la petite affichette de pub pour le medium aux flashs auditifs

ça n'arrive jamais
deux mecs qui font des blagues sur un geste insignifiant du genre
ici on t'aborde avec concupiscence et banalité
en général

ils n'en peuvent plus, c'est un signe, incroyable
j'avais quand même causé avec eux pendant deux-trois stations

on va boire un verre
je leur expose ma théorie très rationnelle
sur la loi des très grands nombres
- il est improbable qu'une coïncidence n'advienne pas -
oui mais l'un des deux

la semaine dernière
dans un bled de haute-provence
m'avait déjà repérée
dessinée, même
avec mon jean et mes talons compensés

sa meuf avait soupiré : regarde cette nana, elle sait ce qu'elle veut
elle assure

elle m'avait vu intervenir dans le public
de l'Hôtel de ville
en avait conclu d'évidence
que c'était moi la meuf du grand F sur la scène

c'est bizarre là quand même

avec son gars eau dans le gaz
elle est enceinte il dessine quel avenir pour son enfant
alors il est à Marseille le temps que ça passe

à la fin il me dit : faut prendre des risques dans la vie
avec elle il y va
et aussi : toi tu es vulnérable en amour, il y a des choses que tu attends et que personne ne comprend
ah oui à quoi tu vois ça ?
un truc de signe astrologique, oui bon, ok
L'autre continue de me faire l'article
rebondit à la tchatche
avec ses grosses baskets
comédien commercial

des rigolos pas inquiétants
sympas attentifs un peu intéressants
un tout petit moment d'échappée belle

je rentre et je marronne un peu
sur les reproches de la S. qui m'accuse insidieusement
de n'être pas fiable

une réplique de dispute de couple
un an qu'elle remplace mes amours perdues

or je prends la tangente
troisième shakra branché
et ma walda crachée
mardi soir

ce matin à l'aube
sur le mobile y avait
"toi faire la gueule ?!"
du grand échalas brun qui me séduit
sur des mots et un coca d'une heure et demie
j'ai rappelé
ravie

tout en expectative
encore

les choses vont très très vite pourtant
je lâche la Sauveuse
à un scrupule près
elle le sent
elle râle

il va juste falloir éclaircir le truc
une fois de plus
demain

poser des dates et des barrières

ça roule

j'arrive
enfin
à dire un non
qui est un
oui
à tout le reste