dimanche 10 avril 2011

Dans le vent face à la mer
étale
toute l'étendue du ciel derrière ton œil brillant

j'ai fini par lâcher le morceau
plus pragmatique que jamais
pour que tu puisses couper court tant qu'il est encore temps
tous les trucs tue-l'amour
je les ai dits

pour que tu puisse t'enfuir en courant

et

non

tu as été sincère
au moins autant que moi

on en est toujours au même point
qui consiste à ne pas savoir quoi faire
de cette nouvelle donnée
dans nos trajectoires exotiques
l'une pour l'autre

et qui nous surprennent
et qui nous séduisent

comme dans la vie et dans les films,
le poncif absolu :
l'amour vient d'où on ne l'attend pas
comme une bonne blague
dans le jeu de quilles

j'en rigole moi-même
et je m'observe m'attendrir
et soupirer de son absence

avoir quinze ans dans ses bras
et des envies de bonheur
de mer
de voyages
de corps aimants
de petits plats
de quotidien

(tu es d'un autre monde et je m'y sens bien)

vendredi 8 avril 2011

C'était le risque, oh là là (quel délice)
un collègue probablement nous capte à s'envoyer des textos sous la table, et des sourires en coin
alors, tu continues le jijitsu ? avec malice dans le couloir

le soir l'imaginaire peuplé de langueurs entre deux pages je reçois
quelques lignes
c'est tout simple
je l'invite
il vient
d'un peu loin
chevalier au destrier mécanique

juste pour ça
partager mon sommeil
me serrer dans ses bras de judoka
combler les temps de chasteté contrainte
dans le festin charnel
le goûter des sens
la chaleur des corps liquides la nuit

on prend de mauvaises habitudes je lui dis
on va être tristes à la fin

moi c'est trop tard
je le suis presque déjà

ton univers de jeune homme est ici à construire
et le préavis de mon compte à rebours est déposé
Nouvelle vie - 3 mois

Ça ressemble à la fatalité mais ça ne l'est pas
Je ne resterai pour rien au monde ici
et n'aurais jamais succombé à ce style de garçon
si le temps ne m'était compté

or
toutes les surprises sont possibles
tous les codes sont bousculés
mon snobisme est chahuté
son sourire sa beauté son humour et sa simplicité
sa sensibilité sa curiosité sa sensualité
et mon cœur d'artichaut
cuit à feu doux

mardi 29 mars 2011

mesures d'urgence

au réveil la voix disparue
effet radical

j'ai dû voir le truc venir
le vacillement
les larmes et la tête à l'envers

les idées noires en couches superposées
les connexions inquiétantes et la peur de planquer un secret

alors
il faut vite en parler parce qu'aphone c'est muette c'est vaincue
une petite alerte discrète à la vieille amie celle des vieux caps franchis
ensemble à bord d'un bus atteindre la Bonne Mère son soleil ses cierges et la mer des toits affalée sur la côte

avant je m'étais résolue
à rompre le pacte de non-sollicitation
du jeune homme
qui s'est trouvé là
solide et tout sourire avec sa joie de vivre et son corps dément
sa tranquille entrée pleine d'aplomb au monde des adultes

il y a eu ses bras autour de moi dans la nuit
autour d'un moi qui est un corps et se démultiplie

les abîmes inquiétants confondus à la lumière des cris sans timbre
il n'y a que le chant d'opéra et la jouissance
qui puisent leur souffle au fond du ventre

contre la déchirure
qui menace
comme au violon
mon âme c'est ma voix
il faut la rajuster

vendredi 25 mars 2011

Reprendre la main

Et tant mieux qu'il y ait ces tempes bourdonnantes et ce ventre un peu en vrac
qui m'assomment un peu, à peine
je me suis surprise à fredonner
même
être en vie, être en vie
une fraction de seconde parce que je ne suis pas coupable d'éprouver du désir
parce qu'on ne peut pas être malheureux tout le temps comme dit ma meilleure a (ma familière, ma sœur)
je me suis dit que toi-même, ce serait ta philosophie
toi mon ami intubé
c'est dingue comme tu es important je m'aperçois
alors qu'on te trouvait encore tellement con il y a deux mois
d'être si inconséquent
égoïste
eh ben putain on vous aime c'est comme ça
comme la famille
ces jours-ci suis reconnectée avec les autres
passage du je au nous via le diaphragme
annonçait le maître yoga
depuis :
y a de l'amour dans l'air
qui n'est pas que de séduction
qui n'est pas d'excès romantique non plus
ni de reconnaissance écrasée
et destiné à personne en particulier
une posture noble et simple, de l'ordre de l'attention et du respect
voici le beau moment où à la désillusion succède une plus subtile compréhension
des douceurs discrètes et des intimes bontés

ceci s'accorde à la beauté des projets
qui adviennent concrets :
s'ajuster au réel

jeudi 24 mars 2011

c'était un beau moment
à l'écoute
(le voyage, l'écriture, sincère simplicité
- et générosité)
il y a le livre et il y a l'homme
être beau c'est une chose
être adorable : la cerise

juste
malgré le sourire l'intérêt
et même presque une douceur
et le partage

je m'aperçois
une fois rentrée
à quel point c'était hard

parler de mort d'enfant
le lendemain

le lendemain
de

la perte

d'une étonnante innocence
on le sait bien, pourtant, qu'on n'est pas préservés
on le sait bien

lui il avait un an
et eux ils ont mon âge
et pendant ce temps
de soir affable d'écoute et de sourires
ils vivent en sursis

un monde effondré

et ce soir celle qui nous a emmenés
pendant des dizaines de minutes dans l'habitacle
nous a parlé
de la mère folle
du père mort, lui aussi un platane

et puis c'était la vie,
juste

il faut affronter

la naissance du deuxième
pas reproduire

pas se laisser grignoter

j'en reviens pas d'être aussi triste
j'en reviens pas de cette peine
c'est con hein : fini fini, la couleur du jour sera plus jamais la même

mercredi 23 mars 2011

Aucun sens

Choc
ciel assombri
le seul truc possible
seul hommage
un cierge
non des attitudes d'emprunt mais respect pour toi
qui ne t'es pas encore réveillée
et à qui mentalement j'envoie tout mon espoir
de retour
au monde où ton enfant n'est plus
depuis cette nuit

et aussi à cet homme qui malgré les aléas sans importance des désaccords et des intermittences
est un ami
est ton élu
est le père que tu as choisi
pour ce petit garçon qui n'est plus

rien à dire aucun sens
muette, mon amitié
sincère
comme la tristesse

mardi 22 mars 2011

Ironie du sort

Je pourrais me faire prendre par les sentiments
(ce ne serait pas la première fois)

un jeune homme qui aussi sereinement me déclare sa flamme
avec aplomb
en précisant que ce n'est pas toujours aussi simple
et qu'il le fait parce que je peux l'entendre

qu'il est heureux

il admet que ce ne serait pas malin de commencer un truc

mais comme ça c'est dit

et qu'on peut quand même se voir

terrain glissant, je mets en garde

vite j'écris pour ne pas trop m'attendrir
j'ai peur du bouleversement

la confiance des corps des sourires
tout ça loin des tourments

faut-il que je connaisse les impasses et les revers d'illusions
faut-il que je connaisse mes contradictions

pour ne pas tout brader au nom des missions cœur vaillant rien d'impossible

je suis touchée