mardi 29 juin 2010

Le texte, c'est pas quelque chose qui me vient facilement il énonce dans le micro

Toi mec t'es hyper sexy, l'intelligence ça illumine, t'es tout jeune, t'as l'air complètement barré avec tes pieds nus, ta bière à 15h00, lunettes et cheveux en vrac
et c'est exactement ce qui me plaît

barré avec un égo démesuré

... oui, aujourd'hui, on est la génération du nomadisme, fini l'époque de la vie toute tracée...

pas désagréable d'avoir un peu de bouteille
comme ça l'air de pas y toucher je confirme : ah oui et puis le nomadisme aujourd'hui c'est confortable, les réseaux, les voies rapides, hein
je l'ai mouché, il apprécie discrètement
il rebondit

réjouie de voir que ah, l'énergie, ça anime encore
des jeunes mecs brillants qui vont monter un espace à Berlin
indépendant
créatif

je suis contente je leur dis

et je suis contente aussi
de pas être la dupe de l'excitation
de rester d'apparence sage, convenue
être moi-même c'est ça
tranquille
sagace
surprenante
pas en faire des tonnes
et surtout se contenter
de parler
ce sont de beaux moments
prometteurs

pendant ce temps
j'irai construire ailleurs
(ici)

samedi 5 juin 2010

J'écris depuis word pour voir

mercredi 2 juin 2010

Les copains
ça va je reviens
complètement claquée par ce mistral de ouf
ou alors par les agencements intérieurs en restructuration
je me traîne
je ne suis plus que l'ombre de mon masque
qui va pas tarder à tomber en poussière

on rigole on rigole
et les fuyards si je ne m'en offusque guère
que peu de temps
je sens que je n'en fais plus tant de cas
je déjoue la part de moi-même qui croyais n'en être pas à la hauteur
(ma défaillance chronique)
je leur jette mes paillettes du regard et de la verve
je comprends à nouveau que leur mutisme dissimule leur émoi
ou leur inaptitude
rien à voir avec moi

puis
d'un coup je renoue
avec mon vieux complice que j'ai naguère pris part à décoincer :
le premier amoureux
on se charrie en ligne affectueusement
j'attends son écho sur les mots inventés pour le premier épicier
de notre première année à l'étranger

là il veut ramener son amoureuse étrangère en France
inverser la tendance

moi j'ai pas encore fini fini mon chemin
du retour depuis le creux de la vague
mais bientôt replonger
pas tout anticiper
pas tout résoudre
ce serait pure fiction

renoncer à comprendre
et reprendre confiance
juste saisir que je

n'ai pas commis d'impairs
sauf à mon propre égard

...sauf à mon propre égard...

jeudi 27 mai 2010

Ce qu'il faut maintenant aborder
c'est
sexualité, alcoolisme, dissolution de l'identité

son corps enfin se rappelle à elle
non qu'elle l'ait négligé non pas tellement
au contraire elle s'aperçoit enfin qu'elle s'est tellement livrée
que toute cette abstinence c'est le sauvetage intime de l'intégrité

mon corps charnu et ce qu'on va en faire

pourtant il est là il répond il est vivant
mais c'est l'accès à l'âme
c'est la porte aux émotions

c'est le submersible
c'est pas mon disjoncteur, non
suis allée loin sur la mer des explorations

aujourd'hui j'ai surfé sur la fatigue
tout ce qui s'est déposé hier soir entre M et moi
encore un paquet de nœuds relâché
encore des serpents taclés
c'est elle qui a sifflé quasi les deux bouteilles de rosé

de son intelligence vive elle lâche des sentences doctes et absurdes
parmi toutes les proches elle m'est la plus ancienne
alors quand elle me pousse vers le cul c'est simple, drôle et familier
c'est enfin avec elle que je peux avouer l'étendue de ma vie sexuelle absente
l'étendue des dégâts d'un corps qui s'est ouvert à tel point que je ne sais plus quoi en faire
qu'à la fois le sexe c'est simple
et
me heurte
et
m'ennuie
et
me fait envie
rien que d'y penser

mais fantasme, zéro
ou alors avec F avec qui je ne baise pas
et qui se retient comme l'écorché qu'il est
et que je suis

j'ai peur
voilà

je ne lâche rien
combien de mecs bandent sur moi
tempête M
qui dresse le constat d'incompatibilité partielle des modes érotiques de son vieux couple
sans le déplorer

un sportif, c'est parfait, elle liste les mérites
elle me rappelle à moi-même
à mon goût pour la chair

en m'endormant m'arrache du sommeil l'intensité d'une étreinte sauvage et réticente
surgie du néant entre mon grand amour et moi
voilà c'est le retour du refoulé hein

bon est-ce que ça fait si mal au fond
en tout cas ça prend du temps

je ne baise pas pour ne pas réveiller la douleur
des étreintes disparues

à l'évidence

des étreintes disparues
et qui me constituaient
et qui m'ont tuée
auxquelles j'ai survécu
dont j'ai sauvé ma tête
dont j'ai sauvé mon corps

que reste-t-il à sauver
en ressortir indemne
comme de l'acier trempé

dimanche 9 mai 2010

Suis arrivée la veille de nuit. Biscotte tout endormi est descendu m'ouvrir, dans son escalier la lumière s'allume et s'éteint alternativement, modernité déglinguée au milieu du quartier chaotique, il habite au-dessus du DTP, derrière Euro plazza, et ça le taxi à une heure du mat' j'arrivais plus à lui expliquer, il a fait deux trois rues et je lui répétais : mais laissez-moi ici, c'est bon je connais l'adresse.

Toujours ce trajet depuis l'aéroport comme entrée en matière familière, ça pourrait être n'importe quelle ville du monde la nuit, fantomatique, les hôtels, les grosses boîtes, Mac Do, Mobilya, les buildings sur la route.

Mais aux remparts ça devient cette ville-là, promesse de liesse et de vestiges.

Il pleuvait, mais alors.

J'allais pas rester, lendemain à 18h00 de l'autre continent décoller pour le Sud. Plage, lecture, l'édentée et sa mère, un an que je les avais pas vues ces deux-là. Une fois la fille couchée, avec la mère on allait se ménager une petite bulle rien qu'à nous où poursuivre l'histoire complice entre deux gorgées de whisky.

Il fallait, j'avais calculé, partir deux heures avant de la grande place. D'une rive à l'autre, l'enregistrement, et hop. Pris le temps d'un déjeuner avec la brune rieuse. Retrouvé, pour écrire, la lumière sous la verrière où j'ai quitté le garçon sauvage il y a trois ans.

Devant la navette sous le ciel maussade, le vieil émacié qui la conduit me dit, souriant de la moitié de ses dents, qu'il va falloir une heure et demie, trafic sur le pont.
Ah mais ça va pas du tout, c'est pas comme ça que je me la jouais, l'histoire. Vous êtes sûr ? Et mon avion ? dit la touriste dépitée - mais le chauffeur, fataliste, sagement souriant secoue la tête.

Bon.

Je ne suis pas là depuis vingt-quatre heures, je ne sais plus ce que c'est un destin déjà écrit.
Derrière il y a la file des taxis, jaunes.

Toute personne qui met les pieds ici a son histoire de taxi ; voici la mienne.

Je me souvenais de la mésaventure de Dina, trente minutes chrono entre les deux aéroports à quatre du mat', elle en avait oublié sa peur des avions après la course folle, le mec exultait, l'aiguille collée au max du compteur, faiblement elle avait protesté, mais c'est pas grave en fait si je rate l'avion, si on ralentissait un tout petit peu ?

J'y vais : bonjour, combien de temps pour l'aéroport d'en face ?
Ils sont quatre ou cinq, j'ai touché leur sens de l'honneur viril : 45 minutes. Attendez les gars, le chauffeur de la navette il parle d'une heure et demie, je tiens à la vie quand même. 45 minutes, vous allez voir, nous on slalome me montrent-ils d'un geste convaincant de la main.

J'ai pas vraiment le choix, et c'est combien ? Ah, le double du prix du vol, quoi. Allez, ok.

Le premier, rondouillet, j'aurais dû me méfier de son regard mouillé. Il me fait monter à l'avant. J'ai plus les codes, décidément.


Engageant, il entame la série habituelle : Et vous parlez bien, et comment vous avez appris la langue, et vous faîtes quoi ici ? ça roule.


C'est seulement à l'entrée du pont que la vague intuition se confirme. Je dis pas, s'il se tortille, c'est peut-être pour se caler plus confortablement. Mais quand même il est pas obligé de laisser sa main là. Là où un geste bref suffit au plus inélégant pour se rajuster.


Il se caresse.


Par dessus le jean.


Qu'est-ce que je fais.


C'est un truc qui monte aux oreilles, la surprise, l'énergie qui se rassemble pour réagir, un bouillonnement mécontent. Je n'ai pas peur. Prête à bondir hors de l'habitacle, à cogner, à gueuler.


Et je m’aperçois que c'est l'entrée du pont, piétons interdits, c'est la merde.

Je bouge pas : mon avion, bordel !

Voyons ce qui se passe d'ici l'autre côté.

La circulation est ralentie, mais pas bloquée - t'imagines, le traquenard !-


D’un coup, sans que j'aie anticipé ma réplique et le regard droit devant moi, sèchement je lui balance : arrête ça.

Son Quoi ? d'étonnement trahit le gamin qu'il est, pris en faute.

"C'est pour me concentrer sur la route"

je crois comprendre qu'il me dit

je lève les sourcils d'autorité : ici, lever les sourcils, ça veut dire non, genre je veux rien savoir.

Il est tout confus.

Je suis contrariée, vigilante.

Il arrête ça.

Il ne sait plus quoi faire de ses mains.

Le trouble a surgi, c’est fou cette désinhibition, peut-être parce que je suis l’étrangère, ou alors parce qu’aux petits garçons on ne leur apprend pas à se contrôler, ils sont des hommes une fois qu’ils sont allés aux putes, leur mère est fière, les filles par contre avant le mariage tu n’y penses pas. Et voile ta femme. Les étrangères par contre elles sont pas farouches on sait bien.


Une fois un type qui nous conduisait vers un chalet qu’on n’a jamais atteint à cause de la neige avait proposé un hamam à trois, un deal qu’il soumettait à mon mec sous couvert de bon moment tranquille, comme il aurait proposé un restau, un café.


Non mais je veux pas faire de généralité, pendant toutes ces années je suis rentrée à point d’heure traversant toute la ville comme ma poche. D'ailleurs, se faire désirer cash comme ça, c’est négociable. T’as pas une mère ? T’as pas une sœur ? Ça fait partie des phrases à apprendre dès le début. Et puis ainsi : juste exister. Érotiquement. Le sex appeal n’est pas enfoui loin sous les couches de bienséance que les regards bien élevés des Européens t’aménagent. Les fantasmes traînent dans l’air comme des histoires non advenues, des rêves inachevés par la fatalité.


A cinq heures piles on y est. Il en peut plus de fierté. Regarde ça ! Je te l’avais pas dit ! Une heure pile. Une heure, connard, et il va falloir qu’en plus je te paye. Je lâche les billets un à un, de mauvaise grâce, en plus dans la précipitation j’avais compris 75, et c’est 85.


Et comme d’habitude dans les aéroports tu as trois fois trop de temps à tuer, alors tant pis j’en rigole : ma première aventure du séjour, ça y est ça commence. Bienvenue en Orient.

un lien pour une histoire

Le festival Paris en Toutes Lettres vous propose de nous faire partager une histoire qui vous appartient : scène vécue, vue, entendue… Une histoire insolite, étonnante, troublante, romanesque mais réelle. Une histoire vraie.
Les contributions (entre 3000 et 6000 signes, espaces compris) sont à adresser jusqu’au 31 mai sur le site www.parisentouteslettres.fr

Comment faire ?

Connectez-vous sur le site www.welovewords.com inscrivez-vous pour déposer votre contribution.

Autour des écrivains Marie Desplechin, François Beaune et Arnaud Cathrine, le comité éditorial composé de professionnels sélectionnera les histoires les plus marquantes en vue d’une publication dans Libération le 12 juin, d’une lecture publique le 13 juin au CENTQUATRE et de la publication d’une anthologie en 2011.
En partenariat avec Libération, France Culture, la RATP, la FNAC, Welovewords et Smart Novel.

Ouh là quel week end putain

je redescends de la dernière ligne droite
je viens de rendre ma copie

petit coup de stress au bout des calanques
quand le texto arrive, réseau retrouvé

mais l'après-m' était belle
en joyeuse compagnie

j'ai de nouveaux amis
c'est doux

nous ne boirons pas de dernier verre ce soir avec F
mais tout dans mon sourire je crois
dénote mon goût pour ce jeune homme
eh bien tant mieux c'est assumé

et donc c'est l'amorce d'autre chose ailleurs
aussi
ça veut dire que les ondes se remettent à circuler
entre le présent et moi
je peux l'accueillir et m'en accommoder
enfin

(enfin)