lundi 19 janvier 2015

La chute a été lente -

freinée

Maintenir toutes les habitudes à leur rythme normal
Surtout ne pas fléchir
Aller au yoga
Aller à la danse
Aller travailler

L'épuisement est venu progressivement
de lire tant d'articles et de parler des heures 
voix presque perdue
des heures ressasser ce ce que déjà je dis depuis toujours
république liberté droits de l'homme dans un monde sans dieu
sens critique volonté pensée élaborée

parfois absorbée j'oublie
j'oublie qu'ils sont morts abattus dans un bureau feutré d'une rue parisienne

j'oublie aussi
qu'on peut quitter les lieux et vivre ailleurs qu'imprégnés par le drame
et c'est lui qui me rend encore plus proches, insupportables 
les meurtres 
innombrables et cruels
l'injustice effroyable
sans limite
ce monde aux barbaries perpétuelles

et la seule lutte contre le chaos accablant
c'est la perte de conscience
l'insouciance
provisoires
non pas le déni non
mais vivre sinon quoi

l'épuisement nous gagne
il y a des accidents

je suis toujours la même
je suis secouée mais
je suis secouée mais la même
la même encore j'espère
qu'est-ce que ça change

"On s'habitue vite à la paix. Alors on croit que c'est normal. Non, ce qui est normal, c'est la guerre." Albert Camus, Le premier homme.

dimanche 13 avril 2014

C'est un énième retour d'I., où de nouveau j'avais 25 ans - tandis que la fréquentation des lieux de la nuit s'était nettement rajeunie, prétendis-je.

25 ans, optimiste, à considérer l'impasse empruntée avec l'Ardea non sans philosophie. Il ne peut pas, il ne peut pas. J'ai refusé de m'y laisser dissoudre. J'ai résisté. J'ai renoncé. A le rejoindre au bout du monde, où je lui proposais à demi-mots de poursuivre l'histoire. Renoncé à patienter jusqu'à ce qu'il reporte une fois de plus nos rares rendez-vous. Renoncé à l'espoir qu'il s'abandonne. A mes caresses. A mon envie d'y croire. Je me suis surveillée. Pleuré un mois à gros sanglots sans un seul signe de vie, sinon celui de lui claquer aussi la porte des espaces virtuels.

Ensuite, j'ai plongé dans le présent, comme jamais ou rarement depuis près de cinq ans.

Quelques mots adressés à un homme rencontré brièvement des mois auparavant m'ont conduite à Belleville en robe à fleurs / ellipse / rentrée au matin gris telle la parisienne que je suis devenue, la salive mêlée à l'âcreté puissante de sa jouissance, et sa mélancolie, et le goût du théâtre.

Nous ne nous sommes jamais rappelés.

Le week-end suivant me suis bercée d'illusion exotique, à l'accent chantant d'un Vénitien qui m'aura fait valser. Sa chambre à Anvers était si petite que j'y ai écopé d'un beurre noir pour des semaines. Au matin il m'a conduite chez un médecin flamand qui m'a vanté l'art pictural des cellules dégradées comme la nature d'automne. Légère et lasse comme d'un voyage provisoire, j'ai poursuivi ma fuite sans me retourner.

Aujourd'hui, cela fait un an qu'un homme alors encore marié
m'a conté fleurette dans une maison vouée à la destruction
- une affaire de transports
sur fond d'histoires édifiantes de lignes de train à Las Vegas
il est venu fêter un tournant sur une route de montagne
m'a écrit d'enthousiasme des choses sensibles sur notre rencontre
m'a embrassée la semaine suivante en descendant la butte
au Clair de Lune
puis m'a plantée quinze jours plus tard.

Exsangue retrouvée.

Un soir jeté mon dévolu sur l'Ardea
sa beauté son élégance
sa discrétion sensible

qui lorsque je pars me fait signe à la fenêtre

puis il y a eu cette balade jusqu'à Pantin dans l'été finissant
en quelques heures nous savions
sans mot dire

que le désir et l'intimité s'étaient invités
au fil de l'eau

me suis mise à l'attendre
Pénélope patiente
à tisser mon mémoire

en décembre il m'offrit
un fauteuil d'opéra
et du champagne

indécis
s'interdisant d'observer l'agonie
d'une décennie de relation
perdu dans la fuite en avant
et l'ex enceinte
et le départ en Asie
eurent raison de ses belles intentions
de sa reconnaissance
de son désir de me garder près de lui
de son admiration
et de frissons comme détachés de lui

j'en pleure encore
sa seule amie disait-il
déprimé partout sauf avec moi
qu'il n'avait pas toujours le courage de voir

ce n'était plus possible
trop gentille me reprocha-t-il
tu mérites mieux
ne te sous-estime pas

et toi
tu t'empêches d'être heureux

alors
c'est fini
fini fini

pourtant
impossible de combattre
cette absurde et insidieuse et profonde croyance
que c'est toi
mon amour
aussi loin puisses-tu partir
aussi douloureux soient tes atermoiements
aussi lâches tes discours sans suite et ton silence inconséquent
aussi conscientes mes analyses du schéma de frustration

c'est toi mon amour
à s'émouvoir d'un même mouvement
de la solitude
de la douceur du soleil
de l'aventure des voyages au long cours

toi qui as réveillé la mémoire romantique enfouie
de mes dix-sept ans
où on se croisait sans se voir
dans les couloirs

toi avec qui je me verrais bien
passer ma vie
passer des soirs de tendresse et de bonne chère à veiller nos enfants

et pourtant
la réalité
je la garde à l’œil
ton surmenage et ton retrait
ton sens de l'humour non sans rigidité
non sans principes éculés

oui mais
tu voyages
ton désastre mué en révélation
une déchirure sur la lumière

et je t'aime
- mais pour combien de temps
et saurai-je un jour vivre
une belle et durable
et réjouissante
et généreuse
et simple
et vivante












lundi 20 janvier 2014

Gravité
L'ouïe et l'air
vibratile

j'ai retrouvé ton ombre bienveillante
tutélaire

N'être pas seule mais dans tes pas
dans l'atmosphère dans l'onde 
venir au monde
aqueux 
agrégat
cellulaire

ombre noueuse noyée
disparue
déployée
intérieure
dressée

même si tu meurs 
ma mémoire
reste un habitacle pour toi
une trace dans la lumière
de l’été provençal
où plane encore ta voix
dissoute dans l’espace circulaire
confondue avec la mer
répandue
aux quatre vents
organiques
envolée d’une fenêtre atmosphérique
je t’emporte avec moi

les ténèbres et la lumière
séparés
et des eaux
et des cieux
des sommets
d’où dérive
entre les joncs
un couffin
libéré
de ses jougs
inondés
naître et renaître à la fois
venir à la pensée
sans distinguer
l’air de l’ombre
l’eau du corps
ni la poussée du cri
inaugural
ni l’inertie de la vie
minérale

poisson plongé solaire
au sein des sillons par salves
où peu à peu s’assoupit la lueur

mercredi 15 janvier 2014

Gravité

Gravité voix de l'âme j'ai le sang qui bouillonne

La présence sans lumière
inerte
dérobée
le corps en vie à terre

bourdonne
en silence
je te suis diffractée

main tendue vers mon ombre
mon prochain
tout ce qui nous entoure

la formation du corps
l'histoire du corps

non pas seul
en tension
goutte à goutte fragmentée
dans ton trouble reflet

une flaque un océan
ou des rues inondées

je traverse

suspendue
aux nuées
un autre territoire
ton sentier escarpé
l'atmosphère chargée d'eau
qui m'égare vers toi

où végéter encore
en cellules palpitantes
aspirées
ondoyantes
circulaires
je ne suis plus qu'un corps

à Hanoï ou ici
fondue dans le décor
un instant une naissance
on peut mourir ici
surplombé par une ombre

l'ennui noyé
l'espoir

une fuite ou un essor
une chute
si longue qu'on dirait
une tension, un effort

sans boussole
non sans désir
de vaciller encore
de s'y faire croire
de se bercer d'espoir
d'enfance
ou d'avenir
ou de présence intense
d'étrangeté
de substance

sans tête
hémisphère inversé
le temps coule à rebours
à l'opposé du globe

je pourrais être ailleurs
mais clouée, fascinée
je te regarde perdre tes traits
dissous dans l'eau stagnante

où vibre la peau moirée
qui sinue à peine
reptilienne
me renvoie à moi-même
à ma discontinuité
à mon incohérence
épuisée
de fantasmes
d'amours invisibles
échappés
étreints dans un écran
projetés au bout du monde
ou maintenus au sol
sans illusion
sans aucun poids
sans histoire

vais-je encore m'abandonner ?
et suis-je encore vivante ?








mardi 3 septembre 2013

Je suis exsangue.

Comme une blancheur de l'âme. Me retrouve dans la zone, ce n'est plus la dead zone, c'est la zone sans espoir. Sans désespoir peut-être, pas non plus. Zone instable.

On tâche de s'accrocher au présent et presque c'est peine perdue.

Juillet territoire affectif écroulé, raccrochée aux branches, avec les amis ça ira, obligée. La mer le mémoire, actualisation permanente. Mais en même temps le petit film qui se jouait sans s'arrêter. "Peut-être". "Peut-être" c'est oui

Chaque matin je me réveillais, d'une tristesse. Rien n'y croyait en moi.

Ensuite ça s'est estompé, et là les jours sont raides mais les nuits, les réveils, reposée.

Hier le tremblement, fragilité, failli me briser.

Hier soir - découvert ce matin - enfin un mot dans la boîte. Deux jours dans le vide, mais la Suède tu vois. silence radio tout l'été. Et là en mode pas le temps mais je te fais signe quand je sais.

Un seul minuscule bout de verre mais je suis.

Obligée de tisser autour de ça. Un grain de sable une perle.

Aucune illusion, rationnellement. Et même sale con, ta lâcheté. Mais s'il n'y a pas ça, vide total.

Après les belles paroles, et les lettres "et si ?..."
"besoin de partager"
"trouble"
"te connaître"
"ta beauté"
" importance que nous accordons à"
"je ne m'inquiète pas pour"
"peut-être"

comment
comment
comment

je pourrais complètement m'en foutre

tout analysé,
sa fin du monde à lui
projection
instrumentalisation
transition

et moi le doigt dans l'engrenage
parce que
recommencer
d'essayer

pas passer à côté de
la vie

ok et là

j'ai sorti le grand jeu
c'était beau
du soleil sur la Butte

après un suicide
bouleversée je veux vivre

mais maintenant
tout - encore - à l'avenant

la vie devant nous tu sais

essayons

mais c'est terrible

on ne dit pas ça à quelqu'un qui fuit

quelqu'un qui fuit on n'en veut pas

mais alors pourquoi encore

suis-je prise aux filets
de ses mots trépassés

du souvenir ténu déjà à moitié disparu
des étreintes

une semaine, quelques mois
qu'il a zappés comme nuls et non

lui venu me chercher et moi retournée
comme sa diversion
le miroir encore vif de défuntes illusions
puis
c'était vraiment moi, pas l'autre
celle qui part
et moi je suis nouvelle
trop dispo pour Narcisse blessé


suis-je si maso

est-ce le fantasme impossible à lâcher
l'amour le prince le film la maison peuplée partagée

conflit
je me bats
plutôt ailleurs quelqu'un d'autre une autre fois

plutôt l'indépendance tant pis qui m'aime me suive des courageux y en a

mais il me faut
pour survivre
m'assurer que les liens perdurent
que les relations comptent
que l'intimité partagée n'est pas vouée
à la vacuité
au néant

sinon c'est comme mourir
mourir effarée

il faut que j'aie compté

quelle émotion j'y ai mise
que toi non

l'identité en jeu

pas faute d'avoir tenu des caps
avoir raison gardé

toujours entièrement jetée
la sauveuse exposée
sirène muette
et tuée






mardi 17 juillet 2012

Le ciel est nettoyé si bien qu'on se croirait presque en été.
Mais c'est trop tard, le corps bousculé
L'impression d'avoir traversé une tempête, juste une cuite, un week end, une averse incessante à brouiller le canal
les cheveux
le cerveau
tous les muscles
et les espoirs sans doute

ça ne fait rien
la nuit je ne dors pas joyeuse comme une gamine
pourtant il n'y a rien que des soirées parisiennes
comme dans un tube ringard de 98
soirées parisiennes sans lendemain sauf de cuite
perspectives débandantes de mecs casés instables mais dispos
compliqués
mégalos
intéressants
et courtisés bien sûr
j'ai trouvé la parade qui consiste à ne rien faire sauf tchatcher
moqueuse
joueuse
je mets les voiles
agencer l'échiquier

cap sur le Sud
la nuit je rêve de fenêtres ouvertes sur la mer
rêve réalité une poignée de jours
je me suis remise à la tâche
il y a ça aussi
évidemment ça chavire tout
j'ai beau faire semblant de rien
du pain sur la planche et le coeur sur la table
un tout petit mois et comme ici on ne s'ennuie pas assez
les jours sont courts

divertissement
je rêve de fenêtres ouvertes sur l'abîme
car je sais bien
réclusion nécessaire
qu'importent les chroniques les bluettes
il faut parler de ce qui se trame
des coulisses de la bagatelle
libertinage séduc jonglage narcisse plaisir
cette vaste mascarade


lundi 26 mars 2012

Il y a des jours comme ça

où malgré les combats
accablée

ma jupe se déchire
c'est comme une ancienne peau qu'on me retire

je pleure au cinéma
même pas au moment où

ma cousine a une fille
aujourd'hui

il y a deux jours j'ai éconduit
l'ultime soupirant
jamais de faux semblants

et celui que j'appelais l'immature
commodément pour m'en défaire

me réécrit après un grand silence
un long message où il parle d'un rêve
j'y apparais au loin

moi j'ai rêvé d'une fête, une bicoque au Chili
un séducteur un peu macho m'entraînait à part
me volait un baiser avant de décamper
à l'insu des amis
- lesquels, ceux du rêve, je ne sais plus
parmi ceux d'aujourd'hui il y a celle qui
dit des choses qui me touchent et me blessent et me révèlent peut-être
elle dit que c'est étrange, ma distance aux affects
or c'est faux
mais c'est vrai aussi
et comment je peux faire
avec tous ces sens interdits
tourner en rond des plombes

jusqu'au moment où

clouée d'inanité intime
je n'ai plus le choix
les sentiments tapis remontent
du fond intime sans âge

on s'agite, on remonte le courant
rien à faire, l'histoire intérieure prend un de ces temps
fait fi des impatiences

et m'éclate brièvement au visage
bulle d'huile brûlante

après je me remets à croire
optimisme foncier
cheminement solitaire, mais ça va pas durer
c'est pas l'inanité

J'interprète l'étape
(ce qui s'écrit existe)

et mon ancien amour
vivant m'habite encore
m'apprend qu'il a passé du temps auprès de moi
d'avoir lu toutes mes pages
ému d'y reconnaître
un trait
un paysage